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Donc, le plan Besson est sorti, faisant peu de bruit et ne changeant rien au vrai rendez-vous numérique de l'année, à savoir la tentative de passage en force gouvernemental sur la riposte graduée, alors que la Commission Européenne a logiquement acté l'amendement du parlement européen qui l'interdit.
Les bonnes feuilles laissaient entendre un grand rien. Au final, quelques bonnes surprises quand même, et surtout des indications instructives pour la suite. Tout est en creux ou dans les détails ...
Les médias ont surtout retenu le droit opposable pour une connexion de tous les français, des intentions marquées sur la fibre, l'annonce de la fin de la télévision analogique. Perso, je pense que c'était le minimum. La surprise, c'est peut-être le shoot délivré à Orange sur ses velléité de rupture de la doctrine de neutralité d'accès à la TV. Instructif.
Sur les contenus numériques, rien qui ne fasse d'ombre à Création et Internet donc, et du charabia perclu de contradictions, parfaitement éclairant du bourbier dans lequel le gouvernement est enlisé. Pendant ce temps, on apprenait que RadioHead et son label avaient gagné plus d'argent à proposer In Rainbow sans DRM et à prix libre, malgrès le fait d'un succès de la diffusion parallèle en P2P. Ce n'est pas une crise de l'industrie culturel, c'est une crise du support physique. On perd du temps et ça n'aide pas l'industrie culturelle à s'adapter. Pathétique.
Surprise, avec le rejet d'une révision de la LCEN et le confortement du statut de l'hébergeur. À défaut de clarifier le doute jurisprudenciel, les principaux intéressés sont invités à se créer une sympathique charte, donc à trouver eux-même la solution. Une intéresssante opportunité pour la profession de montrer sa capacité à s'organiser.
Vrai effort, quand même, avec la création de la Délégation au Numérique, regroupant tous les machins perdus dans les tréfonds des organigrammes ministériels. Une évidence, mais c'est bien de le faire.
Pour le reste, un ersatz de Small Business Act, mais à quand le vrai ? et un catalogue fourre-tout d'injonctions à fédérer, regrouper, éclairer. Toutes sortes de choses qui ne serviront à rien, car le changement passe par une révision des stratégies et des modèles d'organisation sur le fond. Comme je le répête souvent, on se trompe à faire des stratégies numériques. Un terme accessoirement sans significations car le numérique n'est qu'un moyen, il offre simplement des perspectives de performance nouvelles qui peuvent amener à rechercher d'autres objectifs. Il suffit donc de faire de la stratégie tout court.
Au final, on est quand même très loin d'une grande ambition, même si tout le monde sera ravi de prendre ce que dit le plan. Ça ne va pas bien loin, mais ça fait avancer ponctuellement. L'Etat ne s'engage pas, et surtout pas financièrement, il se limite à des intentions et à créer des structures. Bref, pour ce qui est d'avoir une vraie stratégie, on repassera.
Reporté sine die cause crise financière, il nous faudra patienter jusqu'à lundi pour connaître le plan Besson, le truc que tout le monde a oublié entretemps et qui est sensé donner un peu de corps à une stratégie gouvernementale sur les TIC. Un secteur de l'économie pour l'instant traité sous l'angle de la suspicions ou du mépris.
Cela dit, les fuites montrent qu'il ne faut sans doute pas attendre grand chose.
J'osais espérer un peu de clarification d'avec les initiatives gouvernementales en cours et notamment Création et Internet (ex Hadopi), mais il semble que ça ne changera rien. Un signe de plus d'aveuglement, à l'heure où la position française est isolée, tellement que les plus virulents virent de bord.
Dans l'ensemble, et comme c'est souvent le cas quand il n'y a pas d'argent et pas de volonté claire, ça ressemble à un gentil catalogue d'intention, peuplé de différents machins pour se concerter et discuter (l'Etat et les collectivités sur la Fibre, où un sympathique Conseil National du Numérique), d'éternels efforts à créer des chartes, des portails fédérateurs et autres tentatives d'éclairage. Bref, des choses qui ne mangent pas de pain. La palme au domaine éducatif, où il semble qu'on en soit (encore) à faire le catalogue des bonnes pratiques (!). Le ponpon, c'est sans doute une promesse de plus de publication du RGA, qui ressemble de plus en plus à l'arlésienne. Symbole s'il en est d'un catalogue d'intentions sans relief, l'os à ronger d'un nouveau plan e-administration confié à la DGME, sans que celle-ci se voit sortie des tréfonds de l'organigramme de Bercy où elle prend la poussière.
Bref, sauf lapin dans le chapeau, pas de stratégie en vue, plutôt un sympathique numéro pour meubler un théâtre bien vide, renvoyant à plus tard les vrais questions et ne changeant rien aux projets de loi et aux intentions bellicistes envers le numérique. À l'arrivée, sans doute rien. de toute façon ça n'a même pas réussi à faire vraiment du bruit ...
Actuellement "on air", deux campagnes publiques. Une même agence, Young & Rubicam, mais un sacré contraste.
Ce n'est pas la première fois que je dis que le gouvernement aurait besoin de s'accorder avec lui-même en terme de stratégie concernant le numérique.
Illustration croustillante après l'annonce de la tonte de 0,9% sur les opérateurs mobiles et FAI.
À force de tirer sur la corde, elle casse. C'est ce qui est en train de se produire avec les FAI par rapport au projet de loi "Création et Internet" (aka HADOPI). Lors du rapport Olivennes, on se félicitait en haut lieu que les FAI aient signé l'accord. Depuis, et bien que de se dire dupés, ils restaient d'une opposition prudente. À quoi bon si les coups pleuvent quand même ? À rien.
0,9%, c'est pas grand chose parait-il, mais c'est donc un peu aussi la goutte d'eau qui fait déborder le vase
Il y six mois, j'avais déjà fait remarquer que, pour le gouvernement, Internet pouvait bien être tondu. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes d'incliner aux discours considérant le numérique comme une menace, d'élaborer toutes sortes de dispositions visant à réguler, contraindre, bref, freiner le développement de l'économie qui en résulte, quand Eric Besson est chargé de rechercher le contraire car elle tombe bien, cette économie là, quand il s'agit d'avoir quelque chose à tondre.
Donc, FAI et opérateurs mobiles doivent envisager de lâcher presque 1% de leur chiffre. J'entendais cet après-midi un membre de la commission Copé dire sur France Info que ce n'était pas grand chose au vu des revenus de France Télécom. La bonne blague. Les marges de gros de France Télécom sont plus épaisses que celles des FAI alternatifs dont le nombre ne cesse de se réduire tellement ils sont contraints de consolider pour atteindre la masse critique suffisante.
En fait, je ne vois pas comment ils vont faire. Orange a assez de marge pour absorber les 0,9%, ça réduira ses bénéfices, ce qui fait dire que l'actionnaire Etat vient de se tirer une balle dans le pied. Passons. Les FAI alternatifs ne peuvent pas, leurs marges sont trop réduites. Ils peuvent augmenter leurs tarifs, sauf que c'est justement leur tarifs qui font leur force. Au passage, Orange fleurte avec la limite légale de détenir 50% du marché, dégrader l'écart concurrentiel d'avec ses concurrents ne va pas arranger la situation. Encore un paradoxe. Surtout, je vois bien les 0,9% s'inscrire en réduction des investissements fibre, d'autant plus que le développement de ce marché est plombé par les problématiques technico-juridiques sur les derniers mètres.
Viviane Reding avait déjà dit qu'elle n'aimait pas cette idée d'aller taxer les FAI et opérateurs mobile, à l'heure où l'objectif est de développer l'économie numérique. Il sera facile de lui rétorquer que la France est un pays à très fort environnement concurrentiel sur le marché des FAI et que, même si les prix augmente un poil, la France restera le pays où le haut-débit est le moins cher d'Europe. Personnellement, j'ai bien peur que cette taxe vienne surtout plomber les investissements sur la fibre. En tous les cas, et même s'il sera ponctionné comme les autres, c'est Orange qui gagne dans cette affaire, car cette décision fragilise les autres.
Il est par ailleurs vraiment très croustillant de voir les FAI et opérateurs taxés pour financer la télé publique, alors qu'Orange s'apprête à investir le budget de M6 pour lancer Orange TV et alors qu'Orange s'apprêtait à verser 250M€ pour exploiter les contenus de ... France Télévision. Alors quand j'entend des parlementaires UMP expliquer que cette taxe est légitime car les FAI profitent des contenus gratuits des chaînes publiques et opérateurs, on se demande si on n'a pas changé de dimension.
En fin de compte, on nous dit que les FAI et opérateurs vont absorber la ponction sans broncher. Pour les FAI en tous les cas, j'ai bien peur qu'elle fragilise un marché déjà précaire et vienne renforcer une position déjà trop dominante de France Télécom/Orange. Déjà que ça gueule, ça devrait hurler et mettre l'ARCEP en position délicate. Mais par ailleurs, l'arrivée d'Orange dans le petit monde de la TV, lui a fait se trouver de nouveaux ennemis, inquiets de voir l'opérateur historique casser les règles non-écrites du secteur et profiter de sa position de plombier pour se créer une position réservée. En fin de compte, cela ne finira-t'il pas par isoler un peu plus ce dernier et conforter une idée qui fait son chemin : rattraper l'erreur historique de ne pas avoir séparé les activité de transport des activités de services lors de la privatisation de France Télécom, comme cela a été fait pour le gaz et le rail par exemple.
En tous les cas, cette taxe fait entrer le marché en zone de turbulence
Le Ministère de l'Intérieur essaye de dégonfler l'affaire, mais le fait est que son projet de charte a mis le feu.
Alors, est-ce bien l'heure de l'assaut en règle contre la société de l'information comme le pensent certains ?
En tous les cas, depuis le discours haineux à l'égard du net de Nicolas Sarkozy lors de la présentation du rapport Olivennes, nous n'avons eu droit qu'à de la stigmatisation. La nomination d'Eric Besson et sa mission sont très isolées dans ce bilan et ce n'est pas le passage en force que semble préparer Christine Albanel avec HADOPI qui arrange les choses.
Les projets gouvernementaux sont nourris de beaucoup de méconnaissance et d'une lecture simpliste sinon ridicule de ce qu'est le net. Ils semblent largement ignorer que le net est mondial et qu'il est aussi un vaste terreau économique dont dépendent des millions d'emplois français et 50% de la croissance française (si l'on extrapole les chiffres européens). La question c'est donc de savoir où sont les vrais connaisseurs de la société et de l'économie en réseau, alors qu'il n'en manque pas, y compris au sein de la majorité.
Ce qui me frappe dans cette histoire de charte, c'est que ce projet au contenu si dévastateur et liberticide en puissance, évite soigneusement la voie parlementaire. Déjà qu'en 2005, DADVSI avait montré l'éclatement des clivages, j'espère bien qu'il va se discuter au palais bourbon et qu'il soit déjà l'objet d'une question au gouvernement. Il est temps qu'un vrai débat ait lieu sur la Société de l'Information en France !
Mode "coup de gueule" on. Eric Besson a du pain sur la planche et est bien seul à envisager le numérique sous l'angle du progrès et comme source de bienfaits pour la société et l'économie française de demain.
Il ne suffisait pas des affres de la loi HADOPI qu'on apprend aujourd'hui qu'il s'étudie des textes abracadabrantesques, qui relèguent le spectre de l'été précédent au rang de plaisanterie. Entre flicage pur et simple, signalement automatisé des infractions et obligation à supprimer les contenus non rafraîchis (sic), on hallucine à chaque paragraphe ou presque. Derrières de louables intentions à lutter par exemple contre la pédophilie, apparaissent de vrais opportunités de mise au pas. En fait, ça me fait un peu penser au Patriot Act en plus trash.
Il semblerai que ce soit un simple brouillon, mais je trouve que le simple fait de voir ce genre de choses être apparemment soumis pour avis aux FAI et hébergeurs vraiment très inquiétant. On attend leur réaction, mais déjà qu'ils étaient de mauvais poil avec HADOPI, ça ne risque pas de s'arranger.
J'espère bien qu'un démenti bien senti va venir confirmer qu'il s'agissait d'une mauvaise blague et qu'au même titre qu'ils ont signifié un carton jaune à HADOPI, le Conseil d'Etat, la CNIL et l'ARCEP joueront leur rôle de garde-fou, notamment contre, encore une fois, l'idée de faire passer la "régulation" recherchée par des circuits autres que ceux de la Justice.
Et puis, ce n'est pas comme si le genre de stupidité qu'on entrevoit dans ce texte ne s'appliquait pas aussi à tout hébergeur en puissance que sont quantités d'entreprises, institutions ou organisations. Et puis, ça sert à quoi, simplement pour la France, avec tout ce qui est proposé par des offreurs de services hors du territoire et du continent, de même que leurs serveurs. Facebook ou MySpace par exemple. Ça reviendrait encore une fois à plomber DailyMotion au profit de YouTube. Qui sont ces gens qui pensent que l'Internet français vit en silot isolé du reste du monde ? voilà encore des idées qui, si elles étaient appliquées, ruineraient purement et simplement la belle économie numérique chère à Eric Besson.
En tous les cas, je pense que ça va bien et qu'il est temps que les acteurs du net, que l'économie numérique française se signale bien fort pour faire savoir qu'il est temps de penser la société de l'information autrement que comme un risque, de travailler AVEC elle plutôt que le contraire.
On peut déjà reconnaître à Eric Besson le mérite d'écouter les critiques, en tous les cas sur la forme. Le site a été revu, les commentaires autorisés à priori, un wiki permet de discuter des 27 propositions annoncées lors du grand raout de cette semaine. Mais sur le fond, on a là un beau catalogue de sujets archi-rebattus. On est sans doute dans une phase d'appropriation de cet historique par le gouvernement.
J'entends bien qu'il y a ici l'opportunité d'un débat et qu'il est de bon ton de faire bonne figure. Cela dit, j'ai moi-même participé à pleins de grands débats de ce genre et je ne vois pas de nouveauté dans le périmètre et les sujets. Les 27 propositions ouvertes à la discussions revisitent des sujets éculés qui se gardent bien d'aller trop sur le terrain du web social. Quasiment rien sur le web 2 et de fait un grand absent : l'enterprise 2.0 et avec lui tout ce qui touche à la révolution des organisations, des entreprises, des modèles. Les assises passent donc à côté d'un point central, sans lequel parler d'économie de la connaissance n'a aucun sens.
En fin de compte, l'idée de contribuer à ce débat ne me stimule pas vraiment. Il est plus simple de titre de relire notamment République 2.0 de Michel Rocard. Paru il y a environ un an à l'occasion de la présidentielle, ce programme avait le mérite de mettre le débat au bon endroit : sur la stratégie et l'organisation plus que sur les outils. Qui plus est, il n'avait pas suscité de réaction courroucée. Le numérique était apparu comme tout sauf un sujet polémique à l'époque.
On risque donc d'être déçu, mais tâchons malgré tout de rester positif et de fixer un objectif de progrès à ce qui est d'abord une opération de communication. Le sujet chaud, c'est évidemment l'HADOPI, et d'ailleurs, cela a été le seul sujet tendu de la journée. Avec les bonnes personnes, cela aurait été carrément explosif, mais il ne fallait pas gâcher la fête. Or, le fait est que si ces assises et le plan qu'Eric Besson a promis amènent quelque chose ce serait :
• d'entendre autre chose que des anathèmes et la fin du monde
• de résoudre les contradictions entre un discours de progrès vers l'économie de la connaissance et des projets de loi régressifs et défensifs comme l'HADOPI, de calmer les ardeurs de Luc Chatel
Si on gagnait ça, ce serait déjà pas mal !