Pendant que c'est le feu sur Hadopi et que le web vire au noir à l'heure de la mobilisation pour le passage du texte à l'assemblée, on pouvait se demander ce que devenait Nathalie Kosciusko-Morizet, notre toute neuve Secrétaire d'Etat au développement de l'économie numérique.
Réponse avec une vidéo chez MémoireVive.tv, qui a suivi l'inévitable dîner avec les blogueurs, qui nous rappelle ceux de RDDV à l'heure de la DADVSI.
Je suis mauvaise langue car, dans cette vidéo, il y a des choses intéressantes.
La première, en débat sur Facebook, porte sur la déclaration d'amour aux usages de notre Secrétaire d'Etat. Aaaaaaah, les usages. Ça fait plus de dix ans que j'entend des politiques dégainer ce mot, mais personne n'a encore vue une vraie politique "orientée usages". En France, on fait dans les infras et personne ne sait ce que c'est, "les usages", d'autant plus que, les usages, ils appartiennent aux usagers, ils ne se décrètent pas, ils se constatent. À ce titre, faire de la politique usages n'a aucun sens, les deux mots ne vont pas ensemble. NKM devrait savoir que ce qu'on fait, c'est de développer des SERVICES et que l'émergence d'usages est un constat et un élément de mesure de la performance. D'ailleurs, elle cite l'e-administration, une vraie politique de services, et le télétravail, qui est une modalité de fonctionnement. Bref, sur ce sujet, c'est sympa d'en parler, mais pas de manière aussi naïve et consternante.
Plus intéressant est le passage sur la génération de nouveaux modèles économiques et l'intérêt du net à faire ainsi bouger l'économie. Félicitations, madame le Secrétaire d'Etat, vous avez tout compris de l'économie de la connaissance. Si vous appliquiez cela à l'industrie culturelle, comme le fait Waelbroeck, vous constateriez à quel point Hadopi est une idée néfaste, le contraire de ce qu'il fait faire en ces temps de relance économique, justement.
Pour le reste, NKM ne veut pas prendre position sur Hadopi. C'est dommage car l'objet même de ce secrétariat d'état - développer l'économie numérique - gagne quelques poutres dans ses roues avec ce texte.
Hadopi c'est donc parti. Pour bien en comprendre les enjeux, je vous invite vivement à regarder ce court docu de six minutes. Tout est dit et clair, surtout les régressions démocratiques et liberticides de ce texte.
On ne connaît toujours pas la position officielle du PS, mais ses mousquetaires, notamment Patrick Bloche, appuient bien là où ça fait mal. Cela n'empêche pas les choses de se passer comme prévu :
- c'est peut-être le chant du cygne d'une industrie qui a raté les trains, les lobbys sont impatients et remontés. Luc Besson a bien déversé sa haine. Un vomi peuplé de lieux communs, mythes et autres raccourcis, avec, en creux, l'absence pure et simple de la moindre idée progressiste sur le numérique. Maître Eolas veille et a répondu avec talent, remis le couvert pour Frédéric Lefebvre, s'est finalement résolu à un peu de pédagogie salutaire
- les amendements qui voudraient assouplir ou changer le scénario sont évacués
- l'UMP qui se prend les pieds sur le tapis tout seul. Alors, ça fait quoi d'être un méchant pirate ?
- pendant ce temps, d'autres feux, avec Luc Chatel qui part en guerre contre ce repaire de contrafacteur qu'est le net
- pendant ce temps, le groupe Facebook qui demande une commission parlementaire contre Christine Albanel gagne un millier de membre par jour.
Tout se passe comme prévu, donc : les pourfendeurs des internautes parlent dans les média et le réseau les descend en flammes. Ça remonte dans la presse, surtout en ligne, mais tout continue à se passer comme si l'internet était une île ... avec 35 millions de français dedans...
Mais nous avons peut-être aussi levé le pot-aux-roses. Hadopi coûtera au moins 30M€, sauf que les outils pour se garantir de ne pas en subit les foudres seront ... payants. J'avais dit l'année dernière que ça finirait avec des radars automatiques. Plus fort : le gouvernement va nous faire payer le détecteur ! Ça c'est un putain de plan de relance pour l'informatique !
Mais dans le fond, le vrai sujet, c'est le filtrage et la neutralité du réseau. Tristan Nitot a produit deux excellents billets là dessus. Malheureusement, même si c'est vain et stupide, c'est aussi une mode qui contamine la planète et les démocraties. Tout le monde a intérêt à transformer le web en grand minitel.
Et sinon ? ah oui : quelqu'un a des nouvelles de notre Secrétaire d'Etat à l'économie numérique ?
Avant le débat prévu début mars, avait lieu aujourd'hui l'oral pour Christine Albanel.
Clairement, ce n'était pas comme au Sénat. Avec des députés expérimentés et remontés et surtout, un contexte social qui a beaucoup changé, les failles d'Hadopi sont clairement ressortis.
Que penser de tout cela ? le PS va voter contre : c'est le moins qu'on pouvait attendre de lui. Cela suffira-t'il ? on peut rêver d'un naufrage à la DADVSI, mais le texte finira par passer, avec une majorité en ordre de bataille. Seule le risque d'un rejet massif de la jeunesse peut vaguement effrayer, mais ce ne sera pas le cas à mon sens.
Non, s'il est une analogie avec la DADVSI à faire, c'est que les failles du texte portent sur son applicabilité et que, tout vote qu'il y ait, l'application risque fort d'être très compliquée à obtenir.
Sans illusion et sachant que ce n'est qu'un premier round, wait and see...
