C'est apparemment ce qu'a dit Enrico Macias aux Assises de la Création, mais c'est de toute façon en ligne avec les lieux communs ambiants sur le piratage.
Enrico Macias parlait certainement plus des internautes que de l'outil qu'ils utilisent, mais c'est pas grave. Cela fait juste un an que le patron de Warner a dit que C'était une erreur d'entrer en guerre avec ses clients et la meilleure façon d'aller dans le mur.
Pendant que certains continuent donc de se faire leur film, une partie de l'industrie démontre que s'adapter paye, sans parler des artistes qui, de plus en plus nombreux, ont compris que le monde avait changé.
Comme je l'ai souvent dit, le problème n'est pas tant celui de sanctions inutiles, mais le paradoxe qu'il y a à se gargariser de modernité et d'économie de la connaissance, tout en stigmatisant ses forces vives. Plus grave encore est la sort fait à nos libertés constitutionnelles.
Bon ben voilà, la taxation des opérateurs et FAI pour financer l'abandon de la publicité dans l'audiovisuel publique est bien partie.
Personnellement, je trouve cette taxe stupide. Le jour ou le chiffre d'affaire des opérateurs taxés baissera, on découvrira qu'elle n'assure aucune pérennité et ça fera un nouveau trou à boucher par autre chose.
Mais là n'est pas la question, l'économie numérique n'est pas apte à se faire entendre, elle n'a pas de lobby puissant, c'est une victime toute désignée et ce à quoi on assiste avec Création et Internet rappelle l'éternel postulat que plus le mensonge est gros, plus il a de chances de passer. Comme je l'ai déjà dis, à ce stade, il faut bien constater que la société de l'information est partout, sauf au parlement.
La seule bonne nouvelle, c'est que les petits opérateurs et FAI vont respirer, puisque ce n'est qu'à partir de 5M€ que la taxe semblerait s'appliquer. Or, quand on connaît la marge des MVNO en particulier, leur pomper 0,9% de leur chiffre, revenait à les faire disparaître économiquement de la surface de la terre. Une pointe de bon sens dans un océan d'inepties.
Donc, Hadopi est passée au Sénat, où tout le monde a fait l'autruche, notamment sur l'amendement Bono qui torpillera toute cette histoire au final. Les questions portant sur la Société de l'Information ne suscitent aucune confrontation politique, il n'y a de toute façon, dans quelque bord que ce soit, aucune vision de quoi que ce soit sur ces sujets. L'économie de la connaissance est parait-il notre futur (moi je croyais qu'on y était déjà ?) et la Société de l'Information est partout, sauf au Parlement.
La seule mais vrai bonne nouvelle de cette triste soirée, c'est qu'Hadopi devra prouver qu'il y a bien mise à disposition d'oeuvre piratées et pas seulement présomption parce que votre IP est apparu dans le radar et qu'un vrai recommandé sera envoyé dès le début. Quand au fait que le Sénat préfère la coupure aux amendes, je trouve ça stupide. Quitte à ce que ce truc serve à quelque chose, autant que ça nous pompe de la thune pour renflouer les caisses de l'Etat.
Dans le registre de l'incurie et des idées simples, je ne sais plus si c'est pathétique ou effrayant, mais il est assez fascinant de voir combien nos politiques font bien peu de cas de la technologie, dans sa mise en oeuvre, comme dans ses implications.
Ainsi, déjà qu'Albanel était incapable de savoir comment et par quel moyen les FAI allaient pouvoir couper un accès et le rétablir, voilà maintenant qu'ils vont devoir laisser passer les mails mais pas le reste. Outre qu'ils traînent les pieds, la faisabilité va être un vrai sac de noeud et nous coûter la peau des fesses.
Mais le plus drôle, c'est quand même d'aller mettre un spyware sur toutes les machines. L'idée d'un flicage généralisé des français n'a pas l'air d'empêcher les sénateurs de dormir. Où sont les envolées lyriques contre Edvige ? quand je pense qu'ils ont accepté qu'il n'y ait ni la CNIL ni des représentants de consommateurs dans Hadopi ! Mais est-ce simplement réaliste ? et que dire des parcs d'entreprise par exemple ? qu'en pensent les DSI des ministères ?
Bref, on est en plein délire techno, dans les constructions intellectuelles dénuées d'études de faisabilité. L'intendance suivra.
Pendant ce temps, le net rigole et d'ici là, le disque sera mort et les major avec elles. Les artistes et les labels savent ce qu'ils ont à faire. Plutôt que d'aider un secteur à s'adapter, il vaut mieux poser des radars automatiques qui ne flasheront que des ignorants. Ça n'empêche pas, en attendant, de jetter les bases du flicage des usages du réseau et d'ouvrir la porte à d'autres idées nauséabondes.
Un gros merci à 2803 pour un excellent billet sur le tournage de Watchmen, l'adaptation ciné de la BD culte d'Alan Moore et Dave Gibbons. Si je devais partir avec une seule BD sur une ile déserte, ce serait celle-là. L'équivalent aux Comics d'impitoyable au western, l'oeuvre culte qui clôt un genre, celle qui fait que plus rien ne sera comme avant. J'ai donc rouvert mon édition collector, celle qui est coincé entre Sin City et ce qui serait alors, à mes yeux, le dernier grand chef d'oeuvre de la BD US à porter sur grand écran : The Dark Night, où Batman par Franck Miller. Il paraît que Clin Eastwood a les droits. Après ça, j'attendrai volontiers L'Incal de Jorodowsky ... Bon, il y a eu plein de tentatives d'adaptations et personnellement, je la redoute. Maintenant, depuis que Franck Miller a (enfin) démontré, avec Sin City, qu'une version ciné pouvait sublimer la BD, on peut espérer. D'autant que c'est l'excellent Paul Greengrass qui s'y colle et qu'il n'y a apparemment pas de stars (remember Le Seigneur des Anneaux). Maintenant, c'est pas gagné du tout cette affaire. La BD a une ambiance bien particulière. C'est glauque et violent. Je suis ainsi positivement impatient de voir comment il va traiter le tome 3 consacré à Rorshach avec le parallélisme entre l'histoire, le dialogue du marchand du journaux et The Black Flag, le comics de pirate super glauque que lit un petit black à ses pieds. C'est notamment dans cette partie que cette histoire atteind son paroxysme. Sur une séquence comme cella où Dr Manhattan va bouder sur Mars, Greengrass a l'occasion de réussir comme Miller l'introduction d'un humour particulier, au-delà de la BD. Watchmen, c'est pour le printemps 2009, j'attends ça avec beaucoup d'excitations et de craintes ...
Donc, le plan Besson est sorti, faisant peu de bruit et ne changeant rien au vrai rendez-vous numérique de l'année, à savoir la tentative de passage en force gouvernemental sur la riposte graduée, alors que la Commission Européenne a logiquement acté l'amendement du parlement européen qui l'interdit.
Les bonnes feuilles laissaient entendre un grand rien. Au final, quelques bonnes surprises quand même, et surtout des indications instructives pour la suite. Tout est en creux ou dans les détails ...
Les médias ont surtout retenu le droit opposable pour une connexion de tous les français, des intentions marquées sur la fibre, l'annonce de la fin de la télévision analogique. Perso, je pense que c'était le minimum. La surprise, c'est peut-être le shoot délivré à Orange sur ses velléité de rupture de la doctrine de neutralité d'accès à la TV. Instructif.
Sur les contenus numériques, rien qui ne fasse d'ombre à Création et Internet donc, et du charabia perclu de contradictions, parfaitement éclairant du bourbier dans lequel le gouvernement est enlisé. Pendant ce temps, on apprenait que RadioHead et son label avaient gagné plus d'argent à proposer In Rainbow sans DRM et à prix libre, malgrès le fait d'un succès de la diffusion parallèle en P2P. Ce n'est pas une crise de l'industrie culturel, c'est une crise du support physique. On perd du temps et ça n'aide pas l'industrie culturelle à s'adapter. Pathétique.
Surprise, avec le rejet d'une révision de la LCEN et le confortement du statut de l'hébergeur. À défaut de clarifier le doute jurisprudenciel, les principaux intéressés sont invités à se créer une sympathique charte, donc à trouver eux-même la solution. Une intéresssante opportunité pour la profession de montrer sa capacité à s'organiser.
Vrai effort, quand même, avec la création de la Délégation au Numérique, regroupant tous les machins perdus dans les tréfonds des organigrammes ministériels. Une évidence, mais c'est bien de le faire.
Pour le reste, un ersatz de Small Business Act, mais à quand le vrai ? et un catalogue fourre-tout d'injonctions à fédérer, regrouper, éclairer. Toutes sortes de choses qui ne serviront à rien, car le changement passe par une révision des stratégies et des modèles d'organisation sur le fond. Comme je le répête souvent, on se trompe à faire des stratégies numériques. Un terme accessoirement sans significations car le numérique n'est qu'un moyen, il offre simplement des perspectives de performance nouvelles qui peuvent amener à rechercher d'autres objectifs. Il suffit donc de faire de la stratégie tout court.
Au final, on est quand même très loin d'une grande ambition, même si tout le monde sera ravi de prendre ce que dit le plan. Ça ne va pas bien loin, mais ça fait avancer ponctuellement. L'Etat ne s'engage pas, et surtout pas financièrement, il se limite à des intentions et à créer des structures. Bref, pour ce qui est d'avoir une vraie stratégie, on repassera.
Reporté sine die cause crise financière, il nous faudra patienter jusqu'à lundi pour connaître le plan Besson, le truc que tout le monde a oublié entretemps et qui est sensé donner un peu de corps à une stratégie gouvernementale sur les TIC. Un secteur de l'économie pour l'instant traité sous l'angle de la suspicions ou du mépris.
Cela dit, les fuites montrent qu'il ne faut sans doute pas attendre grand chose.
J'osais espérer un peu de clarification d'avec les initiatives gouvernementales en cours et notamment Création et Internet (ex Hadopi), mais il semble que ça ne changera rien. Un signe de plus d'aveuglement, à l'heure où la position française est isolée, tellement que les plus virulents virent de bord.
Dans l'ensemble, et comme c'est souvent le cas quand il n'y a pas d'argent et pas de volonté claire, ça ressemble à un gentil catalogue d'intention, peuplé de différents machins pour se concerter et discuter (l'Etat et les collectivités sur la Fibre, où un sympathique Conseil National du Numérique), d'éternels efforts à créer des chartes, des portails fédérateurs et autres tentatives d'éclairage. Bref, des choses qui ne mangent pas de pain. La palme au domaine éducatif, où il semble qu'on en soit (encore) à faire le catalogue des bonnes pratiques (!). Le ponpon, c'est sans doute une promesse de plus de publication du RGA, qui ressemble de plus en plus à l'arlésienne. Symbole s'il en est d'un catalogue d'intentions sans relief, l'os à ronger d'un nouveau plan e-administration confié à la DGME, sans que celle-ci se voit sortie des tréfonds de l'organigramme de Bercy où elle prend la poussière.
Bref, sauf lapin dans le chapeau, pas de stratégie en vue, plutôt un sympathique numéro pour meubler un théâtre bien vide, renvoyant à plus tard les vrais questions et ne changeant rien aux projets de loi et aux intentions bellicistes envers le numérique. À l'arrivée, sans doute rien. de toute façon ça n'a même pas réussi à faire vraiment du bruit ...
C'est bien de donner des noms qui sonnent bien aux choses, mais ça prête le flanc à la parodie quand ça se passe pas bien. Exemple avec Edvige Lafiche que l'on a enterré dans le joie et l'allégresse récemment. Ce n'est pas ce qui risque d'arriver au nouveau nom de la bête, à savoir EDVIRSP. C'est tellement évident que je n'arrive pas à croire qu'il l'on faite, celle-là !
Les déboires d'Edvige m'avaient semblé propices à contaminer Création et Internet, le projet de riposte gradué de Christine Albanel (ex. HADOPI).
Et bien c'est belotte et même rebelote avec l'écrasante majorité au vote du parlement européen visant à plomber toute velleité à de la riposte graduée en Europe. Comme certains l'ont souligné, voilà même une belle perche tendue pour enterrer cette usine à gaz et le ridicule qui va avec.
Car pendant ce temps, l'eau coule sous les ponts et avec elle la vérité qu'il ne s'agit que de la disparition d'un support physique (le disque), dans une économie de la musique qui est elle, en croissance. En témoigne la hausse avérée des droits, tirée par les nouveaux supports et les nouveaux modèles inventés par les artistes eux-mêmes et les nouveaux entrants. Les majors, qui jouent de leur position lobbyiste pour essayer de retarder l'inéluctable, alors qu'ils n'ont pas pu ou su prendre les trains en marche et faire leur révolution, en seront pour leur frais et avec eux ceux qui ont cru en des promesses irréalistes.
Alex Turk n'est plus seul, il a même de nouveaux amis tous les jours, de ceux qui découvrent la tentation du flicage de dispositions qui leur sont pourtant passées sous le nez il y a quelques mois.
Une vraie étude de cas de la viralité. D'abord sous le radar, mais bien vivace, le "doute" a été popularisé par quelques leaders d'opinion, puis être un vrai sujet de proximité d'avec l'opinion. Un bon client, Edvige, pour apparaître soucieux des libertés individuelles...
En attendant, ce soir, on atteind le point de rupture. Alliot-Marie recule, va discuter avec la CNIL, propose des concessions. Est-ce révélateur, cet après-midi en réunion chez une grande marque, j'ai trouvé des alliés pour défendre l'idée de ne collecter que les données personnelles strictement nécessaires. Clairement, le "doute" Edvige devient un vrai problème pour bien plus que la police et la puissance publique.
Vous allez voir, dans quelques jours, on remerciera le gouvernement d'avoir pris cette décision. Pas seulement pour enfoncer un clou de plus dans le cercueil d'Hadopi, mais surtout parce que grâce à elle et 30 ans après, la Loi Informatique et Liberté en viendrai à prendre enfin de la valeur. Allez, encore un tour de vis, on y est presque !