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La discussion parlementaire sur Hadopi, si vive qu'elle aie pu apparaître (sur le web parce qu'au journal de 20h, on n'a rien vu), ne doit pas nous masquer la vérité. Celle loi va passer telle qu'elle est.
J'en veux l'opposition à ce texte, et tout particulièrement au PS. Non pas à ses mousquetaires que sont notamment M. Paul et Bloche, mais au groupe parlementaire qui aurait pu gagner quelques amendements s'il l'avait voulu, simplement en garnissant ses bancs. En 2005, c'est ainsi qu'était passé le fameux amendements qui avait provisoirement introduit la licence globale. Les ambiguité d'un François Bayrou qui dit qu'il ne votera pas ce texte, mais qui ne dit pas qu'il votera contre, sont du même ordre. L'arbre qui cache la forêt, mais dont j'espère quand même un peu pour ma part, c'est la promesse d'une saisine du Conseil Constitutionnel.
Ce débat parlementaire, c'est donc du théâtre, d'autant qu'il élude tous aspects des conditions d'application, avec en prime, le jeu de faire adopter des dispositions d'exceptions relevant de la lutte contre le terrorisme, aptes à générer toutes les paranoïas. Elles signent cependant les limites de cette politique, encore plus quand la Ministre ou le Rapporteur nous la font à chaque fois dans le registre du procès d'intention. Exemple type avec le sur-référencement, qui permettrait d'aller casser la neutralité du net et voir du côté de Google. Ce dernier a cependant marqué la ligne rouge et le Conseil de la Concurrence fera le reste.
Car ce qui frappe avec cette loi, c'est qu'elle se dote de dispositions improbables à appliquer. Simplement parce qu'à défaut d'avoir des solutions, le décret d'application et Hadopi avec lui, vont devoir composer avec toutes sortes de gens hostiles au projet. Au premier chef les FAI et la facture qu'ils vont présenter et toute sortes d'organismes et autres syndicats. Et puis, on attend avec gourmandise le jour où une cible d'Hadopi ira au tribunal, accompagné d'UFC et de tas d'autres soutien, pour une procédure dont on connaît déjà le terme, ne serait-ce que parce que le corps judiciaire sera ravi de se la faire. C'est bien pour cela qu'on est déjà dans l'après Hadopi, avec une loi inapplicable, sans doute innapliquée au final, sauf à envoyer ses 10 000 messages jour.
L'autre matin, j'écoutais Pascal Nègre ferrailler sur France Inter. Et à l'écouter parler avec une certaine espérance des modèles sur abonnement, tordre du nez quand Demorand lui a mis le nez dans les bénéfices et la croissance d'Universal, il suffisait de repenser à Attali pour voir qu'il est dans le vrai.
Hadopi, c'est du théâtre. Sarkozy a besoin de dire qu'il a tenu sa promesse et fait voter cette loi. Ceci fait, on passera à autre chose, NKM nous endormira sur les voies d'une énième réflexion usages qui n'a aucun sens et les artistes qui ont compris auront suivi le mouvement de leurs collègues d'outre-manche. En attendant, l'économie numérique n'a toujours aucune visibilité à l'aune de ce qu'elle est et de ce qu'elle devrait représenter. il va peut-être falloir cesser de penser qu'on est incontournable, car on est juste pris pour des nains, ou des petits lapins.
Pour le reste, là ou aux USA, le numérique a participé de deux séquences progressistes et porteuses pour la société de l'information avec Dean puis Obama, on enchaîne en France avec deux confrontations, DADVSI et donc Hadopi, qui font passer le net pour un problème ou un univers qui n'a pas d'impact puisqu'il n'arrive pas à assurer sa défense. J'en viens ainsi à ranger mes illusions sur une stratégie de conquête de la présidentielle qui suive les traces d'Obama, sinon qui innove.
Bientôt Pâques, mais le chemin de croix du numérique à la française est tout sauf terminé.
Pendant que c'est le feu sur Hadopi et que le web vire au noir à l'heure de la mobilisation pour le passage du texte à l'assemblée, on pouvait se demander ce que devenait Nathalie Kosciusko-Morizet, notre toute neuve Secrétaire d'Etat au développement de l'économie numérique.
Réponse avec une vidéo chez MémoireVive.tv, qui a suivi l'inévitable dîner avec les blogueurs, qui nous rappelle ceux de RDDV à l'heure de la DADVSI.
Je suis mauvaise langue car, dans cette vidéo, il y a des choses intéressantes.
La première, en débat sur Facebook, porte sur la déclaration d'amour aux usages de notre Secrétaire d'Etat. Aaaaaaah, les usages. Ça fait plus de dix ans que j'entend des politiques dégainer ce mot, mais personne n'a encore vue une vraie politique "orientée usages". En France, on fait dans les infras et personne ne sait ce que c'est, "les usages", d'autant plus que, les usages, ils appartiennent aux usagers, ils ne se décrètent pas, ils se constatent. À ce titre, faire de la politique usages n'a aucun sens, les deux mots ne vont pas ensemble. NKM devrait savoir que ce qu'on fait, c'est de développer des SERVICES et que l'émergence d'usages est un constat et un élément de mesure de la performance. D'ailleurs, elle cite l'e-administration, une vraie politique de services, et le télétravail, qui est une modalité de fonctionnement. Bref, sur ce sujet, c'est sympa d'en parler, mais pas de manière aussi naïve et consternante.
Plus intéressant est le passage sur la génération de nouveaux modèles économiques et l'intérêt du net à faire ainsi bouger l'économie. Félicitations, madame le Secrétaire d'Etat, vous avez tout compris de l'économie de la connaissance. Si vous appliquiez cela à l'industrie culturelle, comme le fait Waelbroeck, vous constateriez à quel point Hadopi est une idée néfaste, le contraire de ce qu'il fait faire en ces temps de relance économique, justement.
Pour le reste, NKM ne veut pas prendre position sur Hadopi. C'est dommage car l'objet même de ce secrétariat d'état - développer l'économie numérique - gagne quelques poutres dans ses roues avec ce texte.
Hadopi c'est donc parti. Pour bien en comprendre les enjeux, je vous invite vivement à regarder ce court docu de six minutes. Tout est dit et clair, surtout les régressions démocratiques et liberticides de ce texte.
On ne connaît toujours pas la position officielle du PS, mais ses mousquetaires, notamment Patrick Bloche, appuient bien là où ça fait mal. Cela n'empêche pas les choses de se passer comme prévu :
- c'est peut-être le chant du cygne d'une industrie qui a raté les trains, les lobbys sont impatients et remontés. Luc Besson a bien déversé sa haine. Un vomi peuplé de lieux communs, mythes et autres raccourcis, avec, en creux, l'absence pure et simple de la moindre idée progressiste sur le numérique. Maître Eolas veille et a répondu avec talent, remis le couvert pour Frédéric Lefebvre, s'est finalement résolu à un peu de pédagogie salutaire
- les amendements qui voudraient assouplir ou changer le scénario sont évacués
- l'UMP qui se prend les pieds sur le tapis tout seul. Alors, ça fait quoi d'être un méchant pirate ?
- pendant ce temps, d'autres feux, avec Luc Chatel qui part en guerre contre ce repaire de contrafacteur qu'est le net
- pendant ce temps, le groupe Facebook qui demande une commission parlementaire contre Christine Albanel gagne un millier de membre par jour.
Tout se passe comme prévu, donc : les pourfendeurs des internautes parlent dans les média et le réseau les descend en flammes. Ça remonte dans la presse, surtout en ligne, mais tout continue à se passer comme si l'internet était une île ... avec 35 millions de français dedans...
Mais nous avons peut-être aussi levé le pot-aux-roses. Hadopi coûtera au moins 30M€, sauf que les outils pour se garantir de ne pas en subit les foudres seront ... payants. J'avais dit l'année dernière que ça finirait avec des radars automatiques. Plus fort : le gouvernement va nous faire payer le détecteur ! Ça c'est un putain de plan de relance pour l'informatique !
Mais dans le fond, le vrai sujet, c'est le filtrage et la neutralité du réseau. Tristan Nitot a produit deux excellents billets là dessus. Malheureusement, même si c'est vain et stupide, c'est aussi une mode qui contamine la planète et les démocraties. Tout le monde a intérêt à transformer le web en grand minitel.
Et sinon ? ah oui : quelqu'un a des nouvelles de notre Secrétaire d'Etat à l'économie numérique ?
Avant le débat prévu début mars, avait lieu aujourd'hui l'oral pour Christine Albanel.
Clairement, ce n'était pas comme au Sénat. Avec des députés expérimentés et remontés et surtout, un contexte social qui a beaucoup changé, les failles d'Hadopi sont clairement ressortis.
Que penser de tout cela ? le PS va voter contre : c'est le moins qu'on pouvait attendre de lui. Cela suffira-t'il ? on peut rêver d'un naufrage à la DADVSI, mais le texte finira par passer, avec une majorité en ordre de bataille. Seule le risque d'un rejet massif de la jeunesse peut vaguement effrayer, mais ce ne sera pas le cas à mon sens.
Non, s'il est une analogie avec la DADVSI à faire, c'est que les failles du texte portent sur son applicabilité et que, tout vote qu'il y ait, l'application risque fort d'être très compliquée à obtenir.
Sans illusion et sachant que ce n'est qu'un premier round, wait and see...
Citation de Nicolas Sarkozy, Président de la République, en clôture des assises de la Presse, la semaine dernière.
C'est peut-être un peu moins trash que ce qu'on avait entendu il y a 15 mois, mais la conviction que l'Internet, c'est mal, est toujours là.
On doit donc s'attendre à rejoindre la vague du filtrage qui contamine les démocratie sous prétexte de protection des mineurs. La moranoia n'est pas superficielle.
À l'occasion de cette belle manifestation, il faut lire ce qu'a dit Frédéric Filloux, dans Le Monde : :
Nicolas Sarkozy a décidé de satisfaire la presse écrite. Par rapport à d'autres secteurs, la dépense est faible et le bénéfice politique important. Pour dire les choses crûment, il est plus important pour le gouvernement d'aider des journaux aux tirages faibles mais à l'influence certaine dans les sphères politiques, plutôt que d'aider des sites Internet à l'audience forte mais surtout lus par des jeunes.
Tout est dit !
Mon frère, champion toute catégorie de l'attitude durable (maison autosuffisante, auto-production et recyclage tous azimut...) prétend que les constructeurs automobiles remettrons des manivelles pour les vitres et finiront par (re)produire des voitures simples que l'on peut réparer soi-même (comme la sienne). Il a raison. Illustration avec la TV et dernière merveille de Sony, présentée au CES de Las Vegas : Magnifique, mais vain. Les écrans en papier électronique, où l'image ne consomme de l'énergie que quand elle change, sont déjà au stade du prototype pré-industriel. Comme je le disais il y a un an, quoi de neuf ? du papier ! Du papier qui va liquider toute les écrans divers et variés et économiser ... du papier, puisque l'affichage urbain, tout comme les journaux seront produits une fois et mis à jour, comme dans Minority Report. Voir aussi ce prototype de portable Dell, dit "baton" :
C'est apparemment ce qu'a dit Enrico Macias aux Assises de la Création, mais c'est de toute façon en ligne avec les lieux communs ambiants sur le piratage.
Enrico Macias parlait certainement plus des internautes que de l'outil qu'ils utilisent, mais c'est pas grave. Cela fait juste un an que le patron de Warner a dit que C'était une erreur d'entrer en guerre avec ses clients et la meilleure façon d'aller dans le mur.
Pendant que certains continuent donc de se faire leur film, une partie de l'industrie démontre que s'adapter paye, sans parler des artistes qui, de plus en plus nombreux, ont compris que le monde avait changé.
Comme je l'ai souvent dit, le problème n'est pas tant celui de sanctions inutiles, mais le paradoxe qu'il y a à se gargariser de modernité et d'économie de la connaissance, tout en stigmatisant ses forces vives. Plus grave encore est la sort fait à nos libertés constitutionnelles.
Bon ben voilà, la taxation des opérateurs et FAI pour financer l'abandon de la publicité dans l'audiovisuel publique est bien partie.
Personnellement, je trouve cette taxe stupide. Le jour ou le chiffre d'affaire des opérateurs taxés baissera, on découvrira qu'elle n'assure aucune pérennité et ça fera un nouveau trou à boucher par autre chose.
Mais là n'est pas la question, l'économie numérique n'est pas apte à se faire entendre, elle n'a pas de lobby puissant, c'est une victime toute désignée et ce à quoi on assiste avec Création et Internet rappelle l'éternel postulat que plus le mensonge est gros, plus il a de chances de passer. Comme je l'ai déjà dis, à ce stade, il faut bien constater que la société de l'information est partout, sauf au parlement.
La seule bonne nouvelle, c'est que les petits opérateurs et FAI vont respirer, puisque ce n'est qu'à partir de 5M€ que la taxe semblerait s'appliquer. Or, quand on connaît la marge des MVNO en particulier, leur pomper 0,9% de leur chiffre, revenait à les faire disparaître économiquement de la surface de la terre. Une pointe de bon sens dans un océan d'inepties.
Donc, Hadopi est passée au Sénat, où tout le monde a fait l'autruche, notamment sur l'amendement Bono qui torpillera toute cette histoire au final. Les questions portant sur la Société de l'Information ne suscitent aucune confrontation politique, il n'y a de toute façon, dans quelque bord que ce soit, aucune vision de quoi que ce soit sur ces sujets. L'économie de la connaissance est parait-il notre futur (moi je croyais qu'on y était déjà ?) et la Société de l'Information est partout, sauf au Parlement.
La seule mais vrai bonne nouvelle de cette triste soirée, c'est qu'Hadopi devra prouver qu'il y a bien mise à disposition d'oeuvre piratées et pas seulement présomption parce que votre IP est apparu dans le radar et qu'un vrai recommandé sera envoyé dès le début. Quand au fait que le Sénat préfère la coupure aux amendes, je trouve ça stupide. Quitte à ce que ce truc serve à quelque chose, autant que ça nous pompe de la thune pour renflouer les caisses de l'Etat.
Dans le registre de l'incurie et des idées simples, je ne sais plus si c'est pathétique ou effrayant, mais il est assez fascinant de voir combien nos politiques font bien peu de cas de la technologie, dans sa mise en oeuvre, comme dans ses implications.
Ainsi, déjà qu'Albanel était incapable de savoir comment et par quel moyen les FAI allaient pouvoir couper un accès et le rétablir, voilà maintenant qu'ils vont devoir laisser passer les mails mais pas le reste. Outre qu'ils traînent les pieds, la faisabilité va être un vrai sac de noeud et nous coûter la peau des fesses.
Mais le plus drôle, c'est quand même d'aller mettre un spyware sur toutes les machines. L'idée d'un flicage généralisé des français n'a pas l'air d'empêcher les sénateurs de dormir. Où sont les envolées lyriques contre Edvige ? quand je pense qu'ils ont accepté qu'il n'y ait ni la CNIL ni des représentants de consommateurs dans Hadopi ! Mais est-ce simplement réaliste ? et que dire des parcs d'entreprise par exemple ? qu'en pensent les DSI des ministères ?
Bref, on est en plein délire techno, dans les constructions intellectuelles dénuées d'études de faisabilité. L'intendance suivra.
Pendant ce temps, le net rigole et d'ici là, le disque sera mort et les major avec elles. Les artistes et les labels savent ce qu'ils ont à faire. Plutôt que d'aider un secteur à s'adapter, il vaut mieux poser des radars automatiques qui ne flasheront que des ignorants. Ça n'empêche pas, en attendant, de jetter les bases du flicage des usages du réseau et d'ouvrir la porte à d'autres idées nauséabondes.
