Hadopi ou "l'intendance suivra"
Donc, Hadopi est passée au Sénat, où tout le monde a fait l'autruche, notamment sur l'amendement Bono qui torpillera toute cette histoire au final. Les questions portant sur la Société de l'Information ne suscitent aucune confrontation politique, il n'y a de toute façon, dans quelque bord que ce soit, aucune vision de quoi que ce soit sur ces sujets. L'économie de la connaissance est parait-il notre futur (moi je croyais qu'on y était déjà ?) et la Société de l'Information est partout, sauf au Parlement.
La seule mais vrai bonne nouvelle de cette triste soirée, c'est qu'Hadopi devra prouver qu'il y a bien mise à disposition d'oeuvre piratées et pas seulement présomption parce que votre IP est apparu dans le radar et qu'un vrai recommandé sera envoyé dès le début. Quand au fait que le Sénat préfère la coupure aux amendes, je trouve ça stupide. Quitte à ce que ce truc serve à quelque chose, autant que ça nous pompe de la thune pour renflouer les caisses de l'Etat.
Dans le registre de l'incurie et des idées simples, je ne sais plus si c'est pathétique ou effrayant, mais il est assez fascinant de voir combien nos politiques font bien peu de cas de la technologie, dans sa mise en oeuvre, comme dans ses implications.
Ainsi, déjà qu'Albanel était incapable de savoir comment et par quel moyen les FAI allaient pouvoir couper un accès et le rétablir, voilà maintenant qu'ils vont devoir laisser passer les mails mais pas le reste. Outre qu'ils traînent les pieds, la faisabilité va être un vrai sac de noeud et nous coûter la peau des fesses.
Mais le plus drôle, c'est quand même d'aller mettre un spyware sur toutes les machines. L'idée d'un flicage généralisé des français n'a pas l'air d'empêcher les sénateurs de dormir. Où sont les envolées lyriques contre Edvige ? quand je pense qu'ils ont accepté qu'il n'y ait ni la CNIL ni des représentants de consommateurs dans Hadopi ! Mais est-ce simplement réaliste ? et que dire des parcs d'entreprise par exemple ? qu'en pensent les DSI des ministères ?
Bref, on est en plein délire techno, dans les constructions intellectuelles dénuées d'études de faisabilité. L'intendance suivra.
Pendant ce temps, le net rigole et d'ici là, le disque sera mort et les major avec elles. Les artistes et les labels savent ce qu'ils ont à faire. Plutôt que d'aider un secteur à s'adapter, il vaut mieux poser des radars automatiques qui ne flasheront que des ignorants. Ça n'empêche pas, en attendant, de jetter les bases du flicage des usages du réseau et d'ouvrir la porte à d'autres idées nauséabondes.