Actuellement "on air", deux campagnes publiques. Une même agence, Young & Rubicam, mais un sacré contraste.
Ce n'est pas la première fois que je dis que le gouvernement aurait besoin de s'accorder avec lui-même en terme de stratégie concernant le numérique.
Illustration croustillante après l'annonce de la tonte de 0,9% sur les opérateurs mobiles et FAI.
À force de tirer sur la corde, elle casse. C'est ce qui est en train de se produire avec les FAI par rapport au projet de loi "Création et Internet" (aka HADOPI). Lors du rapport Olivennes, on se félicitait en haut lieu que les FAI aient signé l'accord. Depuis, et bien que de se dire dupés, ils restaient d'une opposition prudente. À quoi bon si les coups pleuvent quand même ? À rien.
0,9%, c'est pas grand chose parait-il, mais c'est donc un peu aussi la goutte d'eau qui fait déborder le vase
Il y six mois, j'avais déjà fait remarquer que, pour le gouvernement, Internet pouvait bien être tondu. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes d'incliner aux discours considérant le numérique comme une menace, d'élaborer toutes sortes de dispositions visant à réguler, contraindre, bref, freiner le développement de l'économie qui en résulte, quand Eric Besson est chargé de rechercher le contraire car elle tombe bien, cette économie là, quand il s'agit d'avoir quelque chose à tondre.
Donc, FAI et opérateurs mobiles doivent envisager de lâcher presque 1% de leur chiffre. J'entendais cet après-midi un membre de la commission Copé dire sur France Info que ce n'était pas grand chose au vu des revenus de France Télécom. La bonne blague. Les marges de gros de France Télécom sont plus épaisses que celles des FAI alternatifs dont le nombre ne cesse de se réduire tellement ils sont contraints de consolider pour atteindre la masse critique suffisante.
En fait, je ne vois pas comment ils vont faire. Orange a assez de marge pour absorber les 0,9%, ça réduira ses bénéfices, ce qui fait dire que l'actionnaire Etat vient de se tirer une balle dans le pied. Passons. Les FAI alternatifs ne peuvent pas, leurs marges sont trop réduites. Ils peuvent augmenter leurs tarifs, sauf que c'est justement leur tarifs qui font leur force. Au passage, Orange fleurte avec la limite légale de détenir 50% du marché, dégrader l'écart concurrentiel d'avec ses concurrents ne va pas arranger la situation. Encore un paradoxe. Surtout, je vois bien les 0,9% s'inscrire en réduction des investissements fibre, d'autant plus que le développement de ce marché est plombé par les problématiques technico-juridiques sur les derniers mètres.
Viviane Reding avait déjà dit qu'elle n'aimait pas cette idée d'aller taxer les FAI et opérateurs mobile, à l'heure où l'objectif est de développer l'économie numérique. Il sera facile de lui rétorquer que la France est un pays à très fort environnement concurrentiel sur le marché des FAI et que, même si les prix augmente un poil, la France restera le pays où le haut-débit est le moins cher d'Europe. Personnellement, j'ai bien peur que cette taxe vienne surtout plomber les investissements sur la fibre. En tous les cas, et même s'il sera ponctionné comme les autres, c'est Orange qui gagne dans cette affaire, car cette décision fragilise les autres.
Il est par ailleurs vraiment très croustillant de voir les FAI et opérateurs taxés pour financer la télé publique, alors qu'Orange s'apprête à investir le budget de M6 pour lancer Orange TV et alors qu'Orange s'apprêtait à verser 250M€ pour exploiter les contenus de ... France Télévision. Alors quand j'entend des parlementaires UMP expliquer que cette taxe est légitime car les FAI profitent des contenus gratuits des chaînes publiques et opérateurs, on se demande si on n'a pas changé de dimension.
En fin de compte, on nous dit que les FAI et opérateurs vont absorber la ponction sans broncher. Pour les FAI en tous les cas, j'ai bien peur qu'elle fragilise un marché déjà précaire et vienne renforcer une position déjà trop dominante de France Télécom/Orange. Déjà que ça gueule, ça devrait hurler et mettre l'ARCEP en position délicate. Mais par ailleurs, l'arrivée d'Orange dans le petit monde de la TV, lui a fait se trouver de nouveaux ennemis, inquiets de voir l'opérateur historique casser les règles non-écrites du secteur et profiter de sa position de plombier pour se créer une position réservée. En fin de compte, cela ne finira-t'il pas par isoler un peu plus ce dernier et conforter une idée qui fait son chemin : rattraper l'erreur historique de ne pas avoir séparé les activité de transport des activités de services lors de la privatisation de France Télécom, comme cela a été fait pour le gaz et le rail par exemple.
En tous les cas, cette taxe fait entrer le marché en zone de turbulence
Il paraît que Christine Albanel était sur la défensive. Ce qui est sûr, c'est qu'il suffit d'ouvrir les journaux pour mesurer à quel point le texte proposé est jugé au mieux inutile, sinon rétrograde.
Malgrès les innombrables critiques et la conviction qui se dégage que tout le monde a bien compris que ce truc allait dans le mur, personne n'appuie sur le frein. Au contraire, Albanel accélère et de semer le doute et la confusion dans l'internet public en entier (éclair de lucidité sur le risque économique à couper le net aux entreprises, pourquoi seulement elles ?).
La DADVSI a été le chemin de croix parlementaire de RDDV, HADOPI prend le même chemin. Ce sera long, pénible et finalement vain. Le texte se révélera aussi inapplicable que le premier, éventuellement retoqué. Il n'aura servi qu'à bercer d'illusion une industrie du disque à l'agonie, contrairement à celle de la musique qui se porte comme un charme. Ça n'empêche pas de se mobiliser et, pour le coup, je trouve la contestation plus performante.
En attendant, je reste toujours affligé de voir qu'avec ce genre de texte dépassé et stupide, on montre du doigt plus de la moitié des français et on fait peu de cas d'une économie numérique enfin sous les projecteurs. Que n'aurait-on pas gagner à simplement dépenser cette énergie à aider l'industrie du disque à se bouger et surtout à parler avenir, progrès et croissance. Ça tombe bien, les français jugent qu'il serait temps de s'en préoccuper. À bon entendeur ...
Le Ministère de l'Intérieur essaye de dégonfler l'affaire, mais le fait est que son projet de charte a mis le feu.
Alors, est-ce bien l'heure de l'assaut en règle contre la société de l'information comme le pensent certains ?
En tous les cas, depuis le discours haineux à l'égard du net de Nicolas Sarkozy lors de la présentation du rapport Olivennes, nous n'avons eu droit qu'à de la stigmatisation. La nomination d'Eric Besson et sa mission sont très isolées dans ce bilan et ce n'est pas le passage en force que semble préparer Christine Albanel avec HADOPI qui arrange les choses.
Les projets gouvernementaux sont nourris de beaucoup de méconnaissance et d'une lecture simpliste sinon ridicule de ce qu'est le net. Ils semblent largement ignorer que le net est mondial et qu'il est aussi un vaste terreau économique dont dépendent des millions d'emplois français et 50% de la croissance française (si l'on extrapole les chiffres européens). La question c'est donc de savoir où sont les vrais connaisseurs de la société et de l'économie en réseau, alors qu'il n'en manque pas, y compris au sein de la majorité.
Ce qui me frappe dans cette histoire de charte, c'est que ce projet au contenu si dévastateur et liberticide en puissance, évite soigneusement la voie parlementaire. Déjà qu'en 2005, DADVSI avait montré l'éclatement des clivages, j'espère bien qu'il va se discuter au palais bourbon et qu'il soit déjà l'objet d'une question au gouvernement. Il est temps qu'un vrai débat ait lieu sur la Société de l'Information en France !
Mode "coup de gueule" on. Eric Besson a du pain sur la planche et est bien seul à envisager le numérique sous l'angle du progrès et comme source de bienfaits pour la société et l'économie française de demain.
Il ne suffisait pas des affres de la loi HADOPI qu'on apprend aujourd'hui qu'il s'étudie des textes abracadabrantesques, qui relèguent le spectre de l'été précédent au rang de plaisanterie. Entre flicage pur et simple, signalement automatisé des infractions et obligation à supprimer les contenus non rafraîchis (sic), on hallucine à chaque paragraphe ou presque. Derrières de louables intentions à lutter par exemple contre la pédophilie, apparaissent de vrais opportunités de mise au pas. En fait, ça me fait un peu penser au Patriot Act en plus trash.
Il semblerai que ce soit un simple brouillon, mais je trouve que le simple fait de voir ce genre de choses être apparemment soumis pour avis aux FAI et hébergeurs vraiment très inquiétant. On attend leur réaction, mais déjà qu'ils étaient de mauvais poil avec HADOPI, ça ne risque pas de s'arranger.
J'espère bien qu'un démenti bien senti va venir confirmer qu'il s'agissait d'une mauvaise blague et qu'au même titre qu'ils ont signifié un carton jaune à HADOPI, le Conseil d'Etat, la CNIL et l'ARCEP joueront leur rôle de garde-fou, notamment contre, encore une fois, l'idée de faire passer la "régulation" recherchée par des circuits autres que ceux de la Justice.
Et puis, ce n'est pas comme si le genre de stupidité qu'on entrevoit dans ce texte ne s'appliquait pas aussi à tout hébergeur en puissance que sont quantités d'entreprises, institutions ou organisations. Et puis, ça sert à quoi, simplement pour la France, avec tout ce qui est proposé par des offreurs de services hors du territoire et du continent, de même que leurs serveurs. Facebook ou MySpace par exemple. Ça reviendrait encore une fois à plomber DailyMotion au profit de YouTube. Qui sont ces gens qui pensent que l'Internet français vit en silot isolé du reste du monde ? voilà encore des idées qui, si elles étaient appliquées, ruineraient purement et simplement la belle économie numérique chère à Eric Besson.
En tous les cas, je pense que ça va bien et qu'il est temps que les acteurs du net, que l'économie numérique française se signale bien fort pour faire savoir qu'il est temps de penser la société de l'information autrement que comme un risque, de travailler AVEC elle plutôt que le contraire.
On peut déjà reconnaître à Eric Besson le mérite d'écouter les critiques, en tous les cas sur la forme. Le site a été revu, les commentaires autorisés à priori, un wiki permet de discuter des 27 propositions annoncées lors du grand raout de cette semaine. Mais sur le fond, on a là un beau catalogue de sujets archi-rebattus. On est sans doute dans une phase d'appropriation de cet historique par le gouvernement.
J'entends bien qu'il y a ici l'opportunité d'un débat et qu'il est de bon ton de faire bonne figure. Cela dit, j'ai moi-même participé à pleins de grands débats de ce genre et je ne vois pas de nouveauté dans le périmètre et les sujets. Les 27 propositions ouvertes à la discussions revisitent des sujets éculés qui se gardent bien d'aller trop sur le terrain du web social. Quasiment rien sur le web 2 et de fait un grand absent : l'enterprise 2.0 et avec lui tout ce qui touche à la révolution des organisations, des entreprises, des modèles. Les assises passent donc à côté d'un point central, sans lequel parler d'économie de la connaissance n'a aucun sens.
En fin de compte, l'idée de contribuer à ce débat ne me stimule pas vraiment. Il est plus simple de titre de relire notamment République 2.0 de Michel Rocard. Paru il y a environ un an à l'occasion de la présidentielle, ce programme avait le mérite de mettre le débat au bon endroit : sur la stratégie et l'organisation plus que sur les outils. Qui plus est, il n'avait pas suscité de réaction courroucée. Le numérique était apparu comme tout sauf un sujet polémique à l'époque.
On risque donc d'être déçu, mais tâchons malgré tout de rester positif et de fixer un objectif de progrès à ce qui est d'abord une opération de communication. Le sujet chaud, c'est évidemment l'HADOPI, et d'ailleurs, cela a été le seul sujet tendu de la journée. Avec les bonnes personnes, cela aurait été carrément explosif, mais il ne fallait pas gâcher la fête. Or, le fait est que si ces assises et le plan qu'Eric Besson a promis amènent quelque chose ce serait :
• d'entendre autre chose que des anathèmes et la fin du monde
• de résoudre les contradictions entre un discours de progrès vers l'économie de la connaissance et des projets de loi régressifs et défensifs comme l'HADOPI, de calmer les ardeurs de Luc Chatel
Si on gagnait ça, ce serait déjà pas mal !
À forwarder d'urgence au Ministère de la Culture et à tous les endigueurs patentés des usages dématérialisés de la musique : l'industrie musicale est en pleine forme, c'est l'industrie du disque qui est sur le déclin.
Je reprend ici le texte de la pétition lancée par SVM contre la future loi HADOPI que je me suis fait un devoir de signer et qui dit ce qu'il y a à dire. Faites-le vous aussi !
Mesdames et Messieurs les députés,
Vous allez débattre d’un texte de loi qui voudrait résoudre le problème de l’échange illicite d’œuvres culturelles sur Internet par la répression.
Ce texte est issu du rapport Olivennes, dont les propositions ne sont, en l’état, pas satisfaisantes. Pire, nous considérons que ces mesures aggraveraient la situation.
Premièrement, elles ne montrent de l’ensemble des internautes qu’une image caricaturale de pillards.
Il existe déjà des lois pour punir la contrefaçon. Cette nouvelle loi ne va pas punir des pirates, elle va punir le public. La “riposte graduée” va traquer les petits utilisateurs, ceux qui aiment la culture, achètent des disques, paient la redevance pour copie privée de leur matériel, et assistent en masse aux concerts.
Deuxièmement, la surveillance sans pareille des activités des internautes que ces mesures impliquent n’est pas digne d’une société dans laquelle nous aimerions vivre. Nous nous inquiétons que cette surveillance soit confiée à des organismes de droit privé.
En outre, elle favorisera mécaniquement la création de réseaux toujours plus clandestins.
Troisièmement, les propositions vont instaurer une infraction à laquelle correspondra une sanction administrative, automatique et aveugle, sans possibilité de défense réelle devant un juge. De plus, on ignore sur quelle base sera estimée la gravité de l’acte.
Nous disons que la surveillance des réseaux est inefficace et indigne d’une économie moderne.
Nous disons que la coupure de l’accès à Internet et la tenue d’un fichier des internautes sanctionnés est une mesure disproportionnée, qui prive tout un foyer d’une connexion essentielle à la vie sociale.
Nous invitons les producteurs et ayants droit à s’adapter aux nouvelles façons de consommer plutôt que d’espérer en vain les juguler.
Nous exigeons aussi que soit toujours respecté le principe de neutralité des réseaux et des protocoles.
Nous appelons à une nouvelle réflexion, qui prendra cette fois en compte la voix des artistes et consommateurs, premiers concernés.
Les artistes et leur public forment un couple inséparable. Loin de dresser les uns contre les autres, cette nouvelle réflexion devra renforcer ce lien, pour le bien de tous.
on Gueule de bois